Centre Universitaire de Nîmes – Faculté de Droit
Année universitaire 2006-2007
L1 – Introduction
au droit
Equipe pédagogique : Jérémie Arnaud, Jérôme
Chapeau, Stéphane Darmaisin, Caroline Leprêtre
Séance n° 3 :
Le droit naturel
1°) Commentez l’arrêt
suivant :
Cass.
civ. 1ère, 10 oct. 1995
Sur
le moyen unique pris en ses diverses branches :
Attendu,
selon l’arrêt confirmatif attaqué (Metz, 7 octobre1993), que M. Frata a gagné la somme de 1 495 777 francs en jouant la
bonne combinaison du « Quinté plus « à l’occasion d’une course hippique, qui
s’est déroulée le 8 janvier 1991 à Cagnes-sur-Mer ; que M. d’Onofrio a soutenu que, de concert avec certains de ses
collègues de travail, M. Frata avait l’habitude de
lui confier le soin de faire valider auprès du PMU les tickets de « Quinté «,
ce qu’il pouvait faire, compte tenu de ses propres horaires de travail, et
qu’il avait été convenu qu’il recevrait 10 % des gains éventuels, que, n’ayant
pu faire entrer le ticket qui lui avait été confié par M. Frata
pour cette course dans la machine destinée à valider les coupons de jeu, il
avait personnellement refait un nouveau ticket en intervertissant néanmoins les
numéros choisis par M. Frata, que cette initiative
avait permis à celui-ci de gagner le « Quinté « dans l’ordre, que M. Frata, après la course, l’avait informé qu’il lui ferait
parvenir sa quote-part, mais avait finalement refusé d’exécuter ses engagements
; que M. d’Onofrio a, en conséquence, assigné M. Frata en paiement de la somme de 149 577,70 francs, outre
les intérêts ; qu’un jugement a fait droit à sa demande ;
Attendu
qu’il est fait grief à l’arrêt d’avoir confirmé le jugement, alors, selon le
moyen, que, d’une part, la novation suppose l’existence d’une dette à éteindre
et la création d’une dette nouvelle, que la cour d’appel, qui a fondé la
condamnation d’une partie sur la novation d’une obligation naturelle, et qui a
ainsi admis une novation en l’absence d’une obligation civile préexistante, a
violé l’article 1271 du Code civil ; alors que, d’autre part, la volonté de
nover doit résulter clairement de l’acte, que la cour d’appel qui, pour
admettre l’existence d’une novation, s’est fondée sur l’interprétation d’un
procès-verbal de comparution personnelle des parties et de témoignages, a violé
l’article 1273 du Code civil ; alors, qu’en outre, la cour d’appel en
justifiant la condamnation par une obligation naturelle, invoquée dans les
notes d’audience du demandeur, a violé l’article 913 du nouveau Code de
procédure civile ; alors, qu’enfin, le juge, en se fondant sur ces notes, a
violé l’article 16 du nouveau Code de procédure civile ;
Mais
attendu, en premier lieu, que M. Frata, ayant soutenu
dans ses conclusions que son engagement n’avait pas de conséquences civiles, le
moyen est inopérant en ses deux dernières branches ;
Attendu,
ensuite, que la transformation improprement qualifiée novation d’une obligation
naturelle en obligation civile, laquelle repose sur un engagement unilatéral
d’exécuter l’obligation naturelle, n’exige pas qu’une obligation civile ait
elle-même préexisté à celle-ci ;
Et
attendu, enfin, qu’après avoir constaté que M. Frata
avait tacitement renoncé à l’application de l’article 1341 du Code civil, dont
elle relève exactement que ses dispositions ne sont pas d’ordre public, c’est
dans l’exercice de son pouvoir souverain d’apprécier la portée des preuves à
elle soumises que la cour d’appel a retenu, par motifs propres et adoptés, que
M. Frata avait entendu transformer son obligation
naturelle en obligation civile ;
D’où
il suit que le moyen, pour partie inopérant, n’est pas fondé pour le surplus ;
PAR
CES MOTIFS : REJETTE le pourvoi.
2°) Lisez : L'évolution
des sources du droit dans les pays de droit civil, Frédéric Zénati, Recueil Dalloz 2002, Chroniques p. 15 - La pensée juridique du droit civil au xxe
siècle, Philippe Malaurie , JCP G, 2001, I, 283