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Jean de la Fontaine, Les Fables de La Fontaine, Livre neuvième Fable 8 L'Huître et les Plaideurs Un jour deux Pèlerins sur le sable rencontrent Une Huître, que le flot y venait d'apporter ; Ils l'avalent des yeux, du doigt ils se la montrent ; À l'égard de la dent il fallut contester. L'un se baissait déjà pour amasser la proie ; L'autre le pousse, et dit : " Il est bon de savoir Qui de nous en aura la joie. Celui qui le premier a pu l'apercevoir En sera le gobeur ; l'autre le verra faire. - Si par là l'on juge l'affaire, Reprit son compagnon, j'ai l'oeil bon, Dieu merci. - Je ne l'ai pas mauvais aussi, Dit l'autre ; et je l'ai vue avant vous, sur ma vie. - Eh bien ! vous l'avez vue ; et moi je l'ai sentie. " Pendant tout ce bel incident, Perrin Dandin arrive : ils le prennent pour juge. Perrin, fort gravement, ouvre l'Huître, et la gruge, Nos deux Messieurs le regardant. Ce repas fait, il dit d'un ton de Président : " Tenez, la Cour vous donne à chacun une écaille Sans dépens, et qu'en paix chacun chez soi s'en aille. Mettez ce qu'il en coûte à plaider aujourd'hui ; Comptez ce qu'il en reste à beaucoup de familles, Vous verrez que Perrin tire l'argent à lui, Et ne laisse aux Plaideurs que le sac et les quilles. |
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