Parlons un peu de méthode - et donc de l’ami Descartes - ! Si des collègues s’égarent sur cette page, qu’ils n’hésitent pas à apporter leur point de vue. Je garde en effet en mémoire ce joli proverbe tibétain :
« Quand deux sages confrontent leurs idées ils en produisent de meilleures. Le jaune et le [...]
Un très beau texte d’Emile Zola. Il date apparemment de 1897 [ Ndlr : le texte est en réalité plus long et il ne s'agit là que d'un extrait ]. L’incantation est remarquable et intemporelle. Beaucoup d’humanité et de sagesse dans ces lignes qui n’intéressent évidemment pas que les juristes même si ces derniers peuvent [...]
Parlons un peu de méthode - et donc de l’ami Descartes - ! Si des collègues s’égarent sur cette page, qu’ils n’hésitent pas à apporter leur point de vue. Je garde en effet en mémoire ce joli proverbe tibétain :
« Quand deux sages confrontent leurs idées ils en produisent de meilleures. Le jaune et le rouge mélangés produisent une autre couleur. »
Bon, ok, c’est un peu prétentieux, la sagesse et moi …
A l’occasion d’une veille jurisprudentielle, je tombe une belle décision rendue par la Chambre sociale de la Cour d’appel de Nîmes le 3 janvier dernier. Je la reproduis intégralement pour plusieurs raisons :
Le débat met parfaitement en exergue une majorité de points qui sont abordés lors d’un contentieux relatif à un licenciement pour motif économique.
La décision est parfaitement bien structurée et le lecteur peut suivre le raisonnement des juges thème par thème.
La lettre de licenciement semble parfaitement conçue : elle aborde intelligemment toutes les exigences requises à cette phase de la procédure.
Il est enfin utile de lire de temps à autre des décisions d’appel car elles s’avèrent riches de détails, détails qui, et c’est normal, ne sont plus présents dans les décisions de la Cour de cassation.
Un très beau texte d’Emile Zola. Il date apparemment de 1897 [ Ndlr : le texte est en réalité plus long et il ne s'agit là que d'un extrait ]. L’incantation est remarquable et intemporelle. Beaucoup d’humanité et de sagesse dans ces lignes qui n’intéressent évidemment pas que les juristes même si ces derniers peuvent en faire, c’est certain, bon usage.
Lettre à la Jeunesse
par
Emile Zola
Ô jeunesse, jeunesse ! Je t’en supplie, songe à la grande besogne qui t’attend. Tu es l’ouvrière future, tu vas jeter les assises de ce siècle prochain, qui, nous en avons la foi profonde, résoudra les problèmes de vérité et d’équité, posés par le siècle finissant. Nous, les vieux, les aînés, nous te laissons le formidable amas de notre enquête, beaucoup de contradictions et d’obscurités peut-être, mais à coup sûr l’effort le plus passionné que jamais siècle ait fait vers la lumière, les documents les plus honnêtes et les plus solides, les fondements mêmes de ce vaste édifice de la science que tu dois continuer à bâtir pour ton honneur et pour ton bonheur. Et nous ne te demandons que d’être encore plus généreuse, plus libre d’esprit, de nous dépasser par ton amour de la vie normalement vécue, par ton effort mis entier dans le travail, cette fécondité des hommes et de la terre qui saura bien faire enfin pousser la débordante moisson de joie, sous l’éclatant soleil. Et nous te céderons fraternellement la place, heureux de disparaître et de nous reposer de notre part de tâche accomplie, dans le bon sommeil de la mort, si nous savons que tu nous continues et que tu réalises nos rêves.
Jeunesse, jeunesse ! Souviens-toi des souffrances que tes pères ont endurées, des terribles batailles où ils ont dû vaincre, pour conquérir la liberté dont tu jouis à cette heure. Si tu te sens indépendante, si tu peux aller et venir à ton gré, dire dans la presse ce que tu penses, avoir une opinion et l’exprimer publiquement, c’est que tes pères ont donné de leur intelligence et de leur sang. Tu n’es pas née sous la tyrannie, tu ignores ce que c’est que de se réveiller chaque matin avec la botte d’un maître sur la poitrine, tu ne t’es pas battue pour échapper au sabre du dictateur, aux poids faux du mauvais juge. Remercie tes pères, et ne commets pas le crime d’acclamer le mensonge, de faire campagne avec la force brutale, l’intolérance des fanatiques et la voracité des ambitieux. La dictature est au bout.
Jeunesse, jeunesse ! Sois toujours avec la justice. Si l’idée de justice s’obscurcissait en toi, tu irais à tous les périls. Et je ne te parle pas de la justice de nos codes, qui n’est que la garantie des liens sociaux. Certes, il faut la respecter, mais il est une notion plus haute, la justice, celle qui pose en principe que tout jugement des hommes est faillible et qui admet l’innocence possible d’un condamné, sans croire insulter les juges. N’est-ce donc pas là une aventure qui doive soulever ton enflammée passion du droit ? Qui se lèvera pour exiger que justice soit faite, si ce n’est toi qui n’es pas dans nos luttes d’intérêts et de personnes, qui n’es encore engagée ni compromise dans aucune affaire louche, qui peux parler haut, en toute pureté et en toute bonne foi ?
Jeunesse, jeunesse ! Sois humaine, sois généreuse. Si même nous nous trompons, sois avec nous, lorsque nous disons qu’un innocent subit une peine effroyable, et que notre coeur révolté s’en brise d’angoisse. Que l’on admette un seul instant l’erreur possible, en face d’un châtiment à ce point démesuré, et la poitrine se serre, les larmes coulent des yeux. Certes, les gardes-chiourme restent insensibles, mais toi, toi, qui pleures encore, qui dois être acquise à toutes les misères, à toutes les pitiés ! Comment ne fais-tu pas ce rêve chevaleresque, s’il est quelque part un martyr succombant sous la haine, de défendre sa cause et de le délivrer ? Qui donc, si ce n’est toi, tentera la sublime aventure, se lancera dans une cause dangereuse et superbe, tiendra tête à un peuple, au nom de l’idéale justice ? Et n’es-tu pas honteuse, enfin, que ce soient des aînés, des vieux, qui se passionnent, qui fassent aujourd’hui ta besogne de généreuse folie ?
*
**
- Où allez-vous, jeunes gens, où allez-vous, étudiants, qui battez les rues, manifestant, jetant au milieu de nos discordes la bravoure et l’espoir de vos vingt ans ?
- Nous allons à l’humanité, à la vérité, à la justice !
Félix Berriat-Saint-Prix était un auteur prolixe du 19ème siècle. Le petit monde des juriste ne lui en a pas été très reconnaissant puisqu’il l’a laissé dans l’ombre si l’on excepte quelques romanistes et autres amateurs de la vie de Cujas. Ce n’est ni pour l’histoire du droit romain ou pour la biographie de Cujas que je l’exhume aujourd’hui mais plus exactement pour son manuel de logique judiciaire dont la lecture reste très instructive. Bonne découverte !
Il est des ouvrages que les juristes ne songent pas à lire et c’est dommage. Il en est ainsi du nouvel opuscule de Jean Viard(*) : “Nouveau portrait de la France - La société des modes de vie” qui vient de paraître aux éditions de l’Aube. L’auteur porte un regard d’une grande justesse - avis très subjectif - sur notre société et notamment les rapports familiaux. On apprend par exemple au fil de la lecture que l’âge moyen auquel les français perdent leurs parents est de 63 ans ce qui est de nature à profondément modifier le lien inter-générationnel. Comme il l’explique, par exemple toute sa vie d’adulte, l’individu l’effectue sous le regard - et donc le jugement - de ses parents. Un adulte-enfant en quelque sorte …
Nous apprenons que nous vivons en moyenne 700 000 heures et que nous en “perdons” (ndlr : le terme n’est pas de l’auteur du livre) près de 100 000 devant une télévision, que nous dormons la moitié de notre vie et que le temps passé au travail est de 12% (contre 40% lorsque commencent à s’établir les relations modernes de travail au début du XXème siècle).
En quoi cela intéresse-t-il les juristes ? Tout simplement pour qu’ils s’assurent que le droit qu’ils pratiquent est bien au service de cette société là, pour s’ assurer que les lois qu’ils proposent s’adaptent le plus opportunément possible à ces réalités sociales. Comme nous l’a appris Jean Carbonnier, Bâtisseur de ponts s’il en est, nous nous devons de rester en éveil face aux autres sciences humaines au rang desquelles la sociologie tient une place de choix.
Seule compte la démarche. Car c’est elle qui dure et non le but qui n’est qu’illusion du voyageur quand il marche de crête en crête comme si le but atteint avait un sens. De même il n’est point de progrès sans acceptation de ce qui est. Et dont tu pars perpétuellement. Et je ne crois pas au repos. Car celui-là, si tel litige le déchire, il ne convient pas de sa part de chercher une paix précaire et de mauvaise qualité dans l’acceptation aveugle d’un des deux éléments du litige. Où vois-tu que le cèdre gagnerait à éviter le vent ? Le vent le déchire mais le fonde. Bien sage qui saurait départager le bien du mal. Tu cherches un sens à la vie quand le sens est d’abord de devenir soi-même, et non de gagner la paix misérable que verse l’oubli des litiges. Si quelque chose s’oppose à toi et te déchire, laisse croître, c’est que tu prends racine et que tu mues. Bienheureux ton déchirement qui te fait t’accoucher de toi-même : car aucune vérité ne se démontre et ne s’atteint dans l’évidence. Et celles que l’on te propose ne sont qu’arrangement commode et semblables aux drogues pour dormir.
Car je méprise ceux-là qui s’abrutissent d’eux-mêmes pour oublier ou qui, se simplifiant, étouffent, pour vivre en paix, une des aspirations de leur cœur. Car sache que toute contradiction sans solution, tout irréparable litige, t’oblige de grandir pour l’absorber. Et, dans les nœuds de tes racines, tu prends la terre sans visage et ses silex et son humus, et tu bâtis un cèdre à la gloire de Dieu. Seule a abouti à la gloire la colonne de temple qui est née à travers vingt générations de son usure contre les hommes. Et toi-même si tu veux grandir, use-toi contre tes litiges : ils conduisent d’abord vers Dieu. C’est la seule route qui soit au monde. Et de là vient que la souffrance te grandit, quand tu l’acceptes.
Mais il est des arbres débiles que le vent de sable ne pétrit point. Il est des hommes débiles qui ne peuvent se surmonter. D’un bonheur médiocre, ils font leur bonheur après avoir suicidé leur grande part. Ils s’arrêtent dans une auberge pour la vie. Ils se sont avortés eux-mêmes. Et peu m’importe de ceux-là ce qu’ils deviennent ni s’ils vivent. Ils nomment bonheur de croupir sur la pauvreté de leurs provisions. Ils se refusent des ennemis en dehors d’eux et en eux-mêmes. La voix de Dieu qui est besoin, recherche et soif inexprimables, ils renoncent à l’entendre. Ils ne cherchent point le soleil comme le cherchent dans l’épaisseur de la forêt les arbres, qui ne l’obtiendront jamais comme provision ni comme réserve, car l’ombre des autres étouffe chaque arbre, mais le poursuivent dans leur ascension, modelés comme des colonnes glorieuses et lisses, jaillies du sol et devenues puissance de par la poursuite de leur dieu. Dieu ne s’atteint point mais se propose et l’homme se construit dans l’espace comme un branchage.
C’est pourquoi il te faut mépriser les jugements de la multitude car eux te ramènent à toi-même et t’empêchent de grandir. Ils disent erreur le contraire de la vérité et les litiges leur deviennent simples, et ils refusent comme inacceptables, puisque fruits de l’erreur, les ferments de ton ascension. Ils te souhaitent donc enfermé dans tes provisions et parasite, pillard de toi-même et révolu. Et quel besoin te pousserait alors à chercher Dieu, à te fabriquer ton cantique et à monter encore pour ranger sous tes pieds le paysage de montagne devenu désordre, ou sauver en toi le soleil qui ne se gagne point une fois pour toutes mais n’est que poursuite du jour ?
Laisse-les parler. Leurs conseils partent d’un cœur facile qui te désire d’abord heureux. Ils souhaitent de te donner trop tôt cette paix qui n’est offerte que par la mort quand tes provisions te servent enfin. Car elles ne sont point provisions pour la vie, mais miel d’abeille pour l’hiver de l’éternité.
Et si tu me demandes : « Dois-je réveiller celui-là ou le laisser dormir afin qu’il soit heureux ? » je te répondrai que je ne connais rien du bonheur. Mais s’il est une aurore boréale, laisseras-tu dormir ton ami ? Nul ne doit dormir s’il peut la connaître. Et certes celui-là aime son sommeil et s’y roule : et cependant arrache-le à son bonheur et jette-le dehors afin qu’il devienne.
Fontvieille, lieu où Alphonse Daudet a écrit une partie des “Lettres de mon moulin” ne se trouve guère qu’à une vingtaine de kilomètres de chez moi aussi me semblait-il juste de lui rendre hommage en ce 24 décembre en reproduisant un texte que j’affectionne tout particulièrement : Les trois messes basses. Passez de joyeuses fêtes !
Disons-le sans détours, le premier volume de Jurisprudence-Revue critique nous avait impressionné par sa qualité scientifique. Nous attendions avec impatience la seconde livraison pour confirmation. C’est chose faite avec un numéro ayant pour thème principal : “Le genre, une question de droit“. Comme pour le précédent numéro, l’ouvrage est complété par une rubrique Varia de belle facture. Lire la suite de cet article »
Soucieux de proposer un jeux/exercice quelque peu différent des traditionnels - mais néanmoins essentiels - concours de plaidoirie ou d’éloquence, Olivier Sautel et moi-même avons élaboré il y a deux ans maintenant une épreuve d’un type nouveau : “le raid documentaire juridique“.
Le principe est simple : partant de l’idée qu’un bon juriste est avant tout quelqu’un qui sait faire preuve de débrouillardise dans la recherche d’informations, nous proposons à chaque équipe de 4 une question identique. Chaque équipe qui trouve la réponse revient au point de départ pour prendre connaissance de la seconde question et ainsi de suite. L’équipe victorieuse est celle qui :
soit répond à toutes les questions,
soit est la plus avancée dans les questions lorsque retentit le gong marquant la fin du jeu (soit deux heures).
Pour la seconde année, le raid est ouvert à tous les étudiants de master II et de nombreux lots sont à gagner.
L’édition 2011 se déroulera le mercredi 14 décembre à partir de 8 heures à la Faculté de Droit de Montpellier.
Comment se déroule la matinée ?
La journée débute à 8 h par un bon petit déjeuner : il est en effet essentiel de prendre des forces, le raid juridique étant également une épreuve de vivacité et de réactivité !
à 9 heures, lancement du jeu avec la première question. Les participants s’éparpillent à la recherche de la réponse et ont droit à tous les moyens techniques comme universitaires pour rapporter la bonne réponse : Connaissances personnelle, Smart phone, PC, Ipad, ouvrages, salle de lecture, appels à un ami … il est en conséquence recommandé aux participants de venir “équipés”.
Chaque équipe se voit affecter un bureau composé de deux “commissaires”. C’est à ces “commissaires” qu’elle doit apporter la réponse. Il est précisé que la réponse est obligatoirement remise par écrit et n’est acceptée que si l’équipe se présente au complet. Si elle s’avère exacte, la question suivante est communiquée à l’équipe.
Un tableau indique l’avancement des équipe ce qui permet à chacune d’entre-elle de se situer dans le jeu.
Quelques exemples de questions ?
Combien de lois étaient en vigueur au 1er juillet 2007 ?
RIDC 1949, p. 57 : Qui a écrit l’article ?
Quelle sanction pénale risquaient les profanateurs de sépultures en janvier 1996 ? etc.
Comment s’inscrire ?
Une équipe doit être composée de 4 étudiants inscrits dans le même master II.
Attention, pour des raisons d’organisation, le nombre d’équipes admises est limité à 20.
Le montant de l’inscription est fixé à 5 euros par étudiant soit 20 euros par équipe.