Journée de correction de copies
Cher Étudiant,
Si les universitaires ne sont pas toujours d’accord, ils s’entendent généralement sur un point : le caractère fastidieux des corrections de copies. Certes, l’activité est saisonnière mais les incessantes réformes de ces 20 dernières années n’ont fait que renforcer la fréquence de l’exercice. Pour te donner un aperçu de l’état d’esprit d’un correcteur, je te propose de découvrir ci-dessous quelques remarques à chaud inspirées par une journée de correction.
- La première tient au fait que l’étudiant qui a une écriture soignée et qui présente une copie propre part avec un a priori favorable de la part du correcteur. L’inverse est tout aussi vrai. Pire : pour certaines écritures difficiles à relire, le correcteur hésite sur tous les mots et il peine du même coup à entrer dans le fil du raisonnement développé ce qui s’avère très pénalisant pour la note finale.
- La seconde remarque concerne – et les habitués de ce blog n’en seront pas surpris – la question de l’orthographe. Passons sur les erreurs que nous pouvons tous commettre si nous n’avons pas de Larousse sous la main. Insistons en revanche sur les très fréquentes fautes d’accord. Deux en particulier retiennent l’attention :
- D’une part, il y a une méconnaissance évidente des règles relatives à l’infinitif et au participe passé. La lettre « r » qui marque l’infinitif est utilisée lorsqu’un participe passé est requis. La lettre « e » (ou les lettres « ée » ) est (sont) utilisé(es) au petit bonheur la chance …
- D’autre part, il y a une fâcheuse tendance à rajouter la lettre « e » lorsqu’elle n’est pas nécessaire et réciproquement : « une erreure » , un « code civile » , la « procédure civil » …
Il faut bien comprendre que ces quelques travers commis par les étudiants font perdre stupidement tout crédit au scripteur et du même coup des points dans la notation. Ecrire « Premiairement » à plusieurs reprises dans le devoir ne met pas forcément en valeur l’auteur !
- Le style – envisagé au sens large – , ce sera la troisième remarque, ne doit évidemment pas être négligé : les répétitions, les mots employés pour d’autres, les phrases malencontreuses pèsent à leur tour sur la notation.
Je découvre par exemple au détour d’une copie que le TGI héberge un homme qui fait au final un peu peur, « le juge des exécutions familiales » ou que « le conseil des prud’hommes est la chambre qui juge les affaires relatives au droit du commerce« . J’apprends que les « conseillers prud’homaux sont élus par leurs paires » (de quoi, je ne le saurais sans doute jamais !) ou encore que le « conseil des prud’hommes est composé de magistrats élus par leurs pères » (j’en déduis donc qu’il n’y a pas de juges orphelins dans lesdits conseils).
Deux solutions peuvent être proposées pour tenter de remédier aux problèmes de style : s’entrainer à rédiger le plus souvent possible car ce n’est que par la répétition de cet exercice que l’on peut espérer progresser ; toujours prévoir un temps de relecture en fin d’exercice pour corriger ce qui peut l’être et ainsi éviter au scripteur de passer pour un ahuri.
- Il faut enfin – et ce sera la dernière remarque - que l’étudiant se rende bien compte du danger que représentent les « impasses » c’est-à-dire les révisions incomplètes en espérant ne pas tomber sur la question non révisée. Les chanceux verront leurs espoirs récompensés, les autres devront s’employer à trouver des astuces destinées à masquer la misère ce qu’ils font en général très mal.
- Dans une première copie, un étudiant m’écrit : « Le conseil de prud’hommes est composé de cinq chambres qui sont les suivantes : la chambre consacrée à l’agriculture et la chambre consacrée aux activités diverses« . Honnêtement, rares sont les correcteurs qui ne savent pas compter jusqu’à 5 …
- Dans une autre, un étudiant tente en fin de devoir de justifier – de belle manière d’ailleurs – la piètre qualité de son devoir « Celui qui combat peut perdre, celui qui ne combat pas a déjà perdu (Bertold Brecht). J’ai combattu. » Ma réponse sur la photo ci-dessous.
Vient la conclusion de ce billet. Elle est en réalité simple : se préparer un un examen – et cela vaut aussi pour les concours – c’est bien évidemment se rendre maître du fond mais aussi être très attentif aux questions de forme. Si le correcteur a passé son temps à déchiffrer l’écriture, à traquer les fautes d’orthographe, à rire des perles qui ponctuent le devoir, il est évident que ce sont des points perdus stupidement. Il ne faut pas perdre de vue qu’une copie n’est pas évaluée – donc notée – dans l’absolu. Elle l’est par rapport à un ensemble de copies.
Ce sont donc bien souvent ces petits détails qui font la différence. J’ai par exemple trouvé au milieu de copies assez brouillonnes un devoir bien écrit, bien présenté, bien organisé, rigoureux et évidemment correct sur le fond. Il était alors évident que la note serait très bonne et qu’elle mettrait en exergue la piètre qualité de bien d’autres copies.
Un dernier mot, Cher étudiant, pour bien que tu comprennes que les propos ci-dessus et ses illustrations ne sont en rien des moqueries mais reposent sur le souhait de te faire progresser en évitant ces pièges basiques. Pour un correcteur, noter une copie est toujours un casse tête et ce n’est jamais de gaité de cœur que l’on inflige une sale note (bon, ok, il y a peut-être quelques sadiques mais ce sont des cas isolés …). Une mauvaise note est aussi un désaveu pour l’enseignant. Lorsque nous attribuons un 2, un 3, un 4 … nous sommes nombreux à nous dire que l’étudiant est sans doute un âne mais que nous faisons la paire car nous n’avons pas su l’intéresser et remonter son niveau. Ce billet est donc un peu une manière de me donner bonne conscience puisque désormais, je peux dire « je les avais prévenus !« .
PS : Vu l’heure tardive, je vais faire exactement ce qu’il ne faut pas faire : je ne vais pas relire m’exposant aux fautes d’orthographe et/ou de style ainsi qu’aux répétitions. Vous aurez ainsi l’illustration parfaite de l’exactitude de mon propos : celui qui ne se relit pas passe pour un ahuri !
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Un enseignant qui passe autant de temps sur « ses » copies afin d’expliquer avec autant d’humour et de sérieux ce qu’il faut « ne pas faire » est un trésor ….