Droit et Culture Juridique

"Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts"

Isaac Newton

"Le juste et l'injuste ne résultent pas de la nature, mais de la loi" (Archélaos de Milet) - "Les lois d'un Etat changent avec le temps" (Eschyle)- "La loi doit avoir autorité sur les hommes, et non les hommes sur la loi" (Pausanias) - "Le temps est le meilleur interprète de toute loi douteuse" (Denys d'Halicarnasse)- "Les lois sont les esclaves de la coutume" (Plaute) - "Un peuple est fort, quand les lois ont de la force" (Syrus) - "Plus l'Etat est corrompu, plus il y a de lois" (Tacite)- "Les mauvaises mœurs engendrent les bonnes lois" (Macrobe)- "La loi est dure, mais c'est la loi" (proverbe latin) - "On hérite les lois comme les maladies" (Goethe) - "Les lois trop douces ne sont pas suivies, les lois trop sévères ne sont pas appliquées" (B. Franklin)- "La mandarin a la loi et le peuple a ses conventions secrètes" (proverbe chinois)- "Il en est des lois comme des vêtements, qui sont tous de convention" (Voltaire))- "L'exercice est au corps ce que la lecture est à l'esprit"(Richard Steele) - "Les lois doivent leurs forces aux mœurs" (Helvétius)- "Une mauvaise loi appliquée rend plus de services qu'une bonne loi interprétée" (Napoléon Ier)

 

Ces textes m'ont amusé, interpelé, ému. Mes voeux pour qu'il en soit de même pour l'internaute qui s'égare sur ces pages ...

 

Là franchement, cet extrait de journal, je suis allé loin pour l'exhumer ! En parcourant d'anciens numéros du Progrès illustré, je suis tombé par hasard sur un article qui présente à mes yeux le triple intérêt de  concerner le droit, de poser une question de fond (si si) et d'évoquer un magistrat nîmois. La petite image sur le côté correspond à la première page du journal. En fin de billet, l'image correspond à la page dont est extrait l'article qui suit.

Un incident assez curieux s'est produit, cette semaine, entre un avocat qui plaidait devant un juge profondément endormi. L'avocat a interrompu sa plaidoirie en déclarant qu'il attendrait le réveil du magistrat pour la continuer.

Il est évident qu'on a peine à s'expliquer que la justice puisse être rendue par des juges qui se livrent de temps à autre, sur leur siège, aux douceurs du sommeil ; mais il y a pis encore. Je veux parler des juges atteints de surdité partielle. On en a même connu étaient sourds au point de prendre le tonnerre pour le tambour de la mairie.

Je me rappelle le cas d'un juge d'instruction du Vigan qui était sourd d'une oreille. Après avoir plus ou moins «instruit » plusieurs affaires, il fut remplacé par un autre qui était sourd des deux côtés !

J'ai l'air de raconter une anecdote imaginaire, mais rien n'est plus exact. Je pourrais citer les noms.

A la suite de démarches nombreuses, la cour de Nimes dépêcha une commission chargée de constater le délabrement des conduits auditifs du magistrat. Mais on sait que la prétention de tous les sourds est précisément d'avoir l'ouïe très fine. Le juge d'instruction s'indigna donc à la pensée qu'on voulait explorer l'intérieur de ses pavillons et vérifier l'état de ses trompes d'Eustache… Les trois délégués venus pour cette singulière expertise furent réduits à la remplacer par une enquête et ils conclurent à la surdité. Ce qui n'empêcha pas la Cour, toutes chambres réunies, de décider, dans sa sagesse, que le juge était toujours en état d'exercer ses délicates fonctions.

On se demandera, dès lors, dans quel but l'enquête avait été prescrite.

Je me représente aisément un interrogatoire auquel procède un juge d'instruction atteint de surdité :

- “Cascaillou, où étiez-vous le 15 janvier de l'année dernière, à minuit quarante-cinq minutes ?

- “Diable, vous me parlez-là de longtemps, et je ne sais pas trop où j'étais à ce moment. Seulement, comme j'ai l'habitude de me coucher de bonne heure, il est probable que j'étais dans mon lit.

- “Fort bien ; vous vous trouviez sur le lieu du crime. Cette déclaration est conforme aux renseignements recueillis. Ecrivez, greffier. Et, dites-moi, Cascaillou, y étiez-vous seul ou en compagnie de votre femme ?

- “Dans mon lit ?… Avec ma femme, naturellement.

- “Mon ami, il vous sera tenu compte de cet aveu. Vous avez compris que vous n'aviez aucun intérêt à essayer de tromper la justice. Greffier, écrivez qu'il se trouvait sur le lieu du crime en compagnie de sa femme.

-”Mais, sapristi, greffier, n'écrivez rien du tout. Voulez-vous bien ne pas écrire ! … Je proteste avec indignation. Je ne sais rien ; je n'ai rien fait de mal. C'est trop fort, à la fin !

-”Bien, Cascaillou. Il vaut toujours mieux avouer sans détours. Cette émotion et cette sincérité montrent, malgré l'horreur de vos forfaits, que vous n'êtes pas encore irrévocablement gangréné. La justice ne l'oubliera pas. Gardes, emmenez l'accusé !”

 

 


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