Droit et Culture Juridique

"Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts"

Isaac Newton

"Le juste et l'injuste ne résultent pas de la nature, mais de la loi" (Archélaos de Milet) - "Les lois d'un Etat changent avec le temps" (Eschyle)- "La loi doit avoir autorité sur les hommes, et non les hommes sur la loi" (Pausanias) - "Le temps est le meilleur interprète de toute loi douteuse" (Denys d'Halicarnasse)- "Les lois sont les esclaves de la coutume" (Plaute) - "Un peuple est fort, quand les lois ont de la force" (Syrus) - "Plus l'Etat est corrompu, plus il y a de lois" (Tacite)- "Les mauvaises mœurs engendrent les bonnes lois" (Macrobe)- "La loi est dure, mais c'est la loi" (proverbe latin) - "On hérite les lois comme les maladies" (Goethe) - "Les lois trop douces ne sont pas suivies, les lois trop sévères ne sont pas appliquées" (B. Franklin)- "La mandarin a la loi et le peuple a ses conventions secrètes" (proverbe chinois)- "Il en est des lois comme des vêtements, qui sont tous de convention" (Voltaire))- "L'exercice est au corps ce que la lecture est à l'esprit"(Richard Steele) - "Les lois doivent leurs forces aux mœurs" (Helvétius)- "Une mauvaise loi appliquée rend plus de services qu'une bonne loi interprétée" (Napoléon Ier)

 

Ces textes m'ont amusé, interpelé, ému. Mes voeux pour qu'il en soit de même pour l'internaute qui s'égare sur ces pages ...

 

 

J'avais lu les Lettres persanes de Montesquieu il y a quelques années et je dois bien le confesser, je n'y avais pris aucun plaisir. Comme je suis un peu borné, je m'y suis replongé et à ma grande surprise, j'y ai (re)découvert quelques lettres à mon sens intéressantes.
Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer celle-ci. Et messieurs les puissants, vous voilà prévenus …

LETTRE CXLVI.
USBEK A RHEDI.
“A Venise. Il y a longtemps que l'on a dit que la bonne foi était l'âme d'un grand ministre. Un particulier peut jouir de l'obscurité où il se trouve; il ne se décrédite que devant quelques gens; il se tient couvert devant les autres: mais un ministre qui manque à la probité a autant de témoins, autant de juges, qu'il y a de gens qu'il gouverne. Oserai-je le dire? le plus grand mal que fait un ministre sans probité n'est pas de desservir son prince et de ruiner son peuple: il y en a un autre, à mon avis, mille fois plus dangereux; c'est le mauvais exemple qu'il donne.
Tu sais que j'ai longtemps voyagé dans les Indes. J'y ai vu une nation, naturellement généreuse, pervertie en un instant, depuis le dernier des sujets jusqu'aux plus grands, par le mauvais exemple d'un ministre: j'y ai vu tout un peuple, chez qui la générosité, la probité, la candeur et la bonne foi ont passé de tout temps pour les qualités naturelles, devenir tout à coup le dernier des peuples; le mal se communiquer, et n'épargner pas même les membres les plus sains; les hommes les plus vertueux faire des choses indignes; et violer, dans toutes les occasions de leur vie, les premiers principes de la justice, sur ce vain prétexte qu'on la leur avait violée.
Ils appelaient des lois odieuses en garantie des actions les plus lâches; et nommaient nécessité l'injustice et la perfidie. J'ai vu la foi des contrats bannie, les plus saintes conventions anéanties, toutes les lois des familles renversées. J'ai vu des débiteurs avares, fiers d'une insolente pauvreté, instruments indignes de la fureur des lois et de la rigueur des temps, feindre un payement au lieu de le faire, et porter le couteau dans le sein de leurs bienfaiteurs. J'en ai vu d'autres, plus indignes encore, acheter presque pour rien, ou plutôt ramasser de terre des feuilles de chêne, pour les mettre à la place de la substance des veuves et des orphelins.
J'ai vu naître soudain, dans tous les coeurs, une soif insatiable des richesses. J'ai vu se former en un moment une détestable conjuration de s'enrichir, non par un honnête travail et une généreuse industrie, mais par la ruine du prince, de l'Etat et des concitoyens. J'ai vu un honnête citoyen, dans ces temps malheureux, ne se coucher qu'en disant: J'ai ruiné une famille aujourd'hui; j'en ruinerai une autre demain. Je vais, disait un autre, avec un homme noir qui porte une écritoire à la main et un fer pointu à l'oreille, assassiner tous ceux à qui j'ai de l'obligation. Un autre disait: Je vois que j'accommode mes affaires il est vrai que, lorsque j'allai, il y a trois jours, faire un certain payement, je laissai toute une famille en larmes, que je dissipai la dot de deux honnêtes filles, que j'ôtai l'éducation à un petit garçon; le père en mourra de douleur, la mère périt de tristesse: mais je n'ai fait que ce qui est permis par la loi.
Quel plus grand crime que celui que commet un ministre, lorsqu'il corrompt les moeurs de toute une nation, dégrade les âmes les plus généreuses, ternit l'éclat des dignités, obscurcit la vertu même, et confond la plus haute naissance dans le mépris universel? Que dira la postérité, lorsqu'il lui faudra rougir de la honte de ses pères? Que dira le peuple naissant, lorsqu'il comparera le fer de ses aïeux avec l'or de ceux à qui il doit immédiatement le jour? Je ne doute pas que les nobles ne retranchent de leurs quartiers un indigne degré de noblesse qui les déshonore, et ne laissent la génération présente dans l'affreux néant où elle s'est mise”.
De Paris, le 11 de la lune de Rhamazan, 1720.

 


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