Droit et Culture Juridique

"Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts"

Isaac Newton

"Le juste et l'injuste ne résultent pas de la nature, mais de la loi" (Archélaos de Milet) - "Les lois d'un Etat changent avec le temps" (Eschyle)- "La loi doit avoir autorité sur les hommes, et non les hommes sur la loi" (Pausanias) - "Le temps est le meilleur interprète de toute loi douteuse" (Denys d'Halicarnasse)- "Les lois sont les esclaves de la coutume" (Plaute) - "Un peuple est fort, quand les lois ont de la force" (Syrus) - "Plus l'Etat est corrompu, plus il y a de lois" (Tacite)- "Les mauvaises mœurs engendrent les bonnes lois" (Macrobe)- "La loi est dure, mais c'est la loi" (proverbe latin) - "On hérite les lois comme les maladies" (Goethe) - "Les lois trop douces ne sont pas suivies, les lois trop sévères ne sont pas appliquées" (B. Franklin)- "La mandarin a la loi et le peuple a ses conventions secrètes" (proverbe chinois)- "Il en est des lois comme des vêtements, qui sont tous de convention" (Voltaire))- "L'exercice est au corps ce que la lecture est à l'esprit"(Richard Steele) - "Les lois doivent leurs forces aux mœurs" (Helvétius)- "Une mauvaise loi appliquée rend plus de services qu'une bonne loi interprétée" (Napoléon Ier)

 

Ces textes m'ont amusé, interpelé, ému. Mes voeux pour qu'il en soit de même pour l'internaute qui s'égare sur ces pages ...

 

Voltaire, Le philosophe ignorant

Extraits

XXXII. — Utilité réelle. Notion de la justice.

La notion de quelque chose de juste me semble si naturelle, si universellement acquise par tous les hommes, qu'elle est indépendante de toute loi, de tout pacte, de toute religion. Que je redemande à un Turc, à un Guèbre, à un Malabare, l'argent que je lui ai prêté pour se nourrir et pour se vêtir, il ne lui tombera jamais dans la tête de me répondre: Attendez que je sache si Mahomet, Zoroastre ou Brama, ordonnent que je vous rende votre argent. Il conviendra qu'il est juste qu'il me paye, et s'il n'en fait rien, c'est que sa pauvreté ou son avarice l'emporteront sur la justice qu'il reconnaît.

Je mets en fait qu'il n'y a aucun peuple chez lequel il soit juste, beau, convenable, honnête, de refuser la nourriture à son père et à sa mère quand on peut leur en donner; que nulle peuplade n'a jamais pu regarder la calomnie comme une bonne action, non pas même une compagnie de bigots fanatiques.

L'idée de justice me paraît tellement une vérité du premier ordre, à laquelle tout l'univers donne son assentiment, que les plus grands crimes qui affligent la société humaine sont tous commis sous un faux prétexte de justice. Le plus grand des crimes, du moins le plus destructif, et par conséquent le plus opposé au but de la nature, est la guerre; mais il n'y a aucun agresseur qui ne colore ce forfait du prétexte de la justice.

Les déprédateurs romains faisaient déclarer toutes leurs invasions justes par des prêtres nommés Feciales. Tout brigand qui se trouve à la tête d'une armée commence ses fureurs par un manifeste, et implore le dieu des armées.

Les petits voleurs eux-mêmes, quand ils sont associés, se gardent bien de dire: Allons voler, allons arracher à la veuve et à l'orphelin leur nourriture; ils disent: Soyons justes, allons reprendre notre bien des mains des riches qui s'en sont emparés. Ils ont entre eux un dictionnaire qu'on a même imprimé dès le xvie siècle; et dans ce vocabulaire, qu'ils appellent argot(93),les mots de vol, larcin, rapine, ne se trouvent point; ils se servent des termes qui répondent à gagner, reprendre.

Le mot d'injustice ne se prononce jamais dans un conseil d'État où l'on propose le meurtre le plus injuste; les conspirateurs, même les plus sanguinaires, n'ont jamais dit: Commettons un crime. Ils ont tous dit: Vengeons la patrie des crimes du tyran; punissons ce qui nous paraît une injustice. En un mot, flatteurs lâches, ministres barbares, conspirateurs odieux, voleurs plongés dans l'iniquité, tous rendent hommage, malgré eux, à la vertu même, qu'ils foulent aux pieds.

J'ai toujours été étonné que, chez les Français, qui sont éclairés et polis, on ait souffert sur le théâtre ces maximes aussi affreuses que fausses qui se trouvent dans la première scène de Pompée, et qui sont beaucoup plus outrées que celles de Lucain dont elles sont imitées:

La justice et le droit sont de vaines idées...
Le droit des rois consiste à ne rien épargner.

Et on met ces abominables paroles dans la bouche de Photin, ministre du jeune Ptolémée. Mais c'est précisément parce qu'il est ministre qu'il devait dire tout le contraire; il devait représenter la mort de Pompée comme un malheur nécessaire et juste.

Je crois donc que les idées du juste et de l'injuste sont aussi claires, aussi universelles, que les idées de santé et de maladie, de vérité et de fausseté, de convenance et de disconvenance. Les limites du juste et de l'injuste sont très difficiles à poser; comme l'état mitoyen entre la santé et la maladie, entre ce qui est convenance et la disconvenance des choses, entre le faux et le vrai, est difficile à marquer. Ce sont des nuances qui se mêlent, mais les couleurs tranchantes frappent tous les yeux. Par exemple, tous les hommes avouent qu'on doit rendre ce qu'on nous a prêté; mais si je sais certainement que celui à qui je dois deux millions s'en servira pour asservir ma patrie, dois-je lui rendre cette arme funeste? Voilà où les sentiments se partagent; mais en général je dois observer mon serment quand il n'en résulte aucun mal: c'est de quoi personne n'a jamais douté.

 

 


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